Choisir son thérapeute : la jungle des psy !

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Lorsqu’un patient s’engage dans une psychothérapie, il me semble impératif qu’il soit informé du statut et de la spécialité du thérapeute. Cela paraît évident, mais il est rare que le patient sache déterminer la nature de la thérapie qu’il va entreprendre. Il en est de même pour le statut du praticien : est-il psychiatre, psychologue, psychopraticien, psychothérapeute, psychanalyste ? Par ailleurs, il est envisageable que le praticien bénéficie de plusieurs statuts ! Il y a de quoi se perdre dans la jungle des psy ! 

Je précise qu’il ne s’agit en aucun cas de dénigrer un titre ou un statut particulier, mais de vous informer du cursus de chaque praticien.

Commençons par casser le mythe du médecin ; un psychiatre n’est pas nécessairement un bon thérapeute, il peut se borner à prescrire des psychotropes… Il est essentiel de comprendre que le mythe du médecin a la dent dure !

  • Le psychiatre : il s’agit d’une personne qui a suivi des études en faculté de médecine avant de se spécialiser en psychiatrie. Ainsi, il est habilité à prescrire des médicaments (souvent des psychotropes) et il est remboursé en partie par la sécurité sociale et les mutuelles. Cela va dépendre s’il est secteur 1 ou 2. Dès lors, le psychiatre est avant tout un médecin qui sera utile en vue d’établir un diagnostic et de prescrire des substances tels que  les antidépresseurs, les anxiolytiques, les régulateurs d’humeur, les neuroleptiques…

Il faut préciser que le psychiatre peut également se prévaloir du statut de psychothérapeute, de psychopraticien ou de psychanalyste. Il se peut aussi qu’il ne soit que psychiatre.

  • Le psychopraticien : C’est un praticien, anciennement nommé psychothérapeute, qui tient particulièrement à ses choix thérapeutiques. Il peut en effet être sophrologue, hypnothérapeute, psychanalyste, thérapeute en PNL, en EFT, spécialisé en thérapies comportementales et cognitives, en ACT (thérapie d’acceptation et d’engagement). Il a sa disposition un éventail très large d’outils thérapeutiques. Néanmoins, son titre n’est pas protégé et n’importe qui peut se prétendre psychopraticien ! Prenez le temps de vous renseigner sur les diplômes privés du thérapeute en question et sur son cursus. Certains ont suivi des enseignements encadrés, longs et sérieux ; d’autres sont très spécialisés.  C’est le statut que j’ai choisi après avoir suivi une Licence de psychologie et obtenu une Maîtrise de Sciences Politiques. Ce statut est un gage d’indépendance, dans la mesure où aucun organisme public ne hiérarchise le bienfait des thérapies proposées. Par exemple, l’EMDR est une pratique qui s’est avérée efficace pour certains traumatismes, elle n’est pourtant pas enseignée ni protégée par les pouvoirs publics… Le revers de la médaille concernant ce thérapeute, c’est que son titre n’est pas protégé. Des organismes privés tentent d’encadrer le statut via des fédérations, et c’est une bonne chose. Cependant, l’absence de protection du titre par l’état est un réel gage d’indépendance pour le psychopraticien ; à partir du moment où il est transparent. Certaines mutuelles prennent en charge la prestation du psychopraticien.
  • Le psychologue : Il s’agit de l’unique titre délivré par l’Université publique suite à un cursus validé en Master 2 professionnel (ou DESS) mention psychologie ! C’est à double tranchant, dans la mesure où l’Université garantit un minimum de connaissances au futur psychologue clinicien ; je considère néanmoins que c’est une aberration ! Un psychologue âgé de vingt-trois ans, tout frais sorti d’un bac+5 à l’Université, serait en mesure d’exercer… Souvent, le psychologue se spécialise afin de jouir d’une certaine crédibilité. Ainsi, certains sont psychothérapeutes ou psychopraticiens, spécialisés dans l’enfance ou l’adolescence ; d’autres s’orientent vers des organismes connus comme l’AFTCC (l’association française des thérapies cognitives et comportementales). Encore une fois, il va falloir distinguer le psychologue exclusivement formé à l’université de celui qui sera clinicien. Ensuite, il ne faudra pas hésiter à lui demander sa spécialité. Nombreux sont les psychologues qui travaillent en entreprise ou interviennent en milieu hospitalisé. Il ne sont pas médecins, n’ont pas le droit de prescrire des médicaments et ne sont pas remboursés par la sécurité sociale. Il existe aussi de nombreux psychologues qui pratiquent des thérapies d’inspiration analytique.
  • Le psychothérapeute : Ce titre est protégé par la loi Accoyer qui a été appliquée en 2010 puis revisitée en 2012. Il faut avouer que cette loi est fortement contestée et que son application a fait l’objet de nombreux revirements. Cette loi précise qui peut porter le titre et sous quelles conditions. Concrètement et schématiquement, le titre de psychothérapeute ne peut être demandé que par les psychologuesles psychanalystes membres d'une association reconnue, et ... les médecins. Il n'est délivré qu'après avoir validé une formation théorique (400h) et pratique (cinq mois de stage) délivrée par une université. Enfin, toute personne souhaitant porter le titre de psychothérapeute ou l'affichant publiquement doit être régulièrement inscrite au registre national des psychothérapeutes. Ainsi, seuls les psychiatres, les psychologues et les psychanalystes, à la suite d’une formation imposée par la loi, sont habilités à détenir le titre. Encore une aberration selon moi : je ne vois pas en quoi un psychanalyste (qui n’a souvent pas fait d’étude et qui s’est borné à suivre une psychanalyse tout en figurant sur une liste obscure de ses pairs ou dans une association) serait privilégié par rapport à un psychopraticien… Mystère ! mais nous y reviendrons. Alors, le psychothérapeute est soit un psychiatre, soit un psychologue, soit un psychanalyse et il aura suivi une formation de 400 heures imposée par l’état.

Nombreux sont les psychothérapeutes qui sont sérieux et qui se prévalent de plusieurs casquettes : par exemple, il existe des psychiatres psychothérapeutes spécialisés en TCC ou en hypnothérapie.

  • Le psychanalyste et le thérapeute d’inspiration analytique : C’est un thérapeute qui se fonde sur la métapsychologie (les deux topics de Freud) ou sur les postulats évoqués par Lacan. Il s’agit d’une thérapie par le verbe qui postule que la cause d’un trouble résiderait dans un traumatisme, dans le passé ou dans un processus de défense comme le déni ou le refoulement. Nombreux sont les psychanalystes ou thérapeutes d’inspiration analytique qui se lancent dans une course à la cause (une cause qui est orientée par les postulats de la métapsychologie) en recevant une rente viagère de la part de leur patient. Pourtant, Lacan avait prévenu : « La cause ? cause toujours ! ».  Ces thérapeutes de fond poursuivent aussi les mécanismes inconscients du patient, de façon à ce qu’ils finissent par éclore à leur conscience, le temps voulu. Les psychanalystes sont encore légion en France et ils disposent d’une forte notoriété. Mais à vrai dire, pour être psychanalyste, il suffit d’avoir fait soi-même une psychanalyse et figurer dans une liste obscure ou dans une association de pairs… La psychanalyse est avant tout une philosophie, son application thérapeutique est fortement contestée.

Rodolphe Hurlot

Psychopraticien et sophrologue

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