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L'invisibilité du caractère "compulsif" dans le cadre du ROCD, des ruminations et des phobies d'impulsion

Il est de bon ton, dans les cabinets, de répéter que les personnes en proie au ROCD, aux phobies d'impulsion ou aux ruminations ne souffrent pas de compulsions... 

Même si cela est avéré sémantiquement, dans la mesure où il n'y a pas d'acte ritualisé à proprement dit, nous ne pouvons pas écarter le caractère "compulsif" de ces troubles ! C'est une erreur récurrente qui se fonde sur la dimension invisible d'une rumination ou d'une réassurance.

Les compulsions de type "lavage", "syllogomanie " ou "vérifications" sont plus compréhensibles et évocatrices puisqu'elles sont visibles ! 

Toujours est-il que les pensées neutralisantes et les réassurances inhérentes au trouble obsessionnel compulsif de type ROCD ne sont pas moins volontaires et ritualisées que l'acte de se laver les mains. Il est plus aisé de faire des vues sur Youtube et de l'audimat à la télé en présentant le visible et le spectaculaire : une personne qui amasse des déchets et des objets à profusion dans son appartement, par exemple.

Le "ruminateur" serait donc livré à lui-même, ne cessant de se prouver par a+b (sans jamais y parvenir) qu'il ressent encore de l'amour pour sa compagne.

Considérez la personne qui souffre de ROCD et autres ruminations à l'image de "l'amasseur" : elle va édifier un système de pensées neutralisantes très élaboré en vue de se prouver ses sentiments ; puis, ces pensées vont s'envoler comme des cartes sous l'effet du doute éternel. C'est un château de cartes obsessionnelles qui s'effondre au moindre souffle du doute et de l'émotion. A défaut de s'amasser dans le logement de l'individu, les cartes (les ruines du château de cartes) s'entassent dans son cerveau.

Bien entendu, il s'agit là de symptômes moins vendeurs à destination des voyeurs et des producteurs ; et pourtant... la souffrance est la même. La différence, c'est qu'elle est invisible.

De nombreux patients sont privés d'une thérapie comportementale au prétexte qu'ils ne présentent pas de rituel. Je ne vais pas faire preuve de modestie, mais je suis le seul à avoir considéré les ruminations et les réassurances à l'image de rituels et de compulsions en France, il y a vingt ans de cela... A cette époque, seule la thérapie cognitive pure (en compagnie des sempiternelles thérapies d'inspiration analytique) était proposée au patient (ou le "stop pensée" pur du Docteur Lamagnère) ; ce qui avait bien souvent comme effet de conforter le système compulsif relatif aux pensées obsessionnelles. Le traitement de l'information et l'appréhension du cheminement des pensées intrusives, ainsi que la déconstruction des postulats et des croyances obsessionnelles, ne suffisent pas à enrayer un TOC de type rumination ; le patient risque même de se perdre dans les méandres de la cognition et de décortiquer davantage ses pensées intrusives. 

Les dimensions cognitive et comportementale sont indissociables dans le dessein d'une rémission partielle ou totale, quelle que soit la nature du trouble obsessionnel compulsif.

Il y a bien une chose qui s'avère souvent invisible, c'est la souffrance !

Rodolphe Hurlot
Psychopraticien et sophrologue

 

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