Mécanisme des obsessions pures

Comment surgit la pensée obsédante et pourquoi restons-nous fixés dessus ?

Pourquoi une réponse au questionnement obsédant ne l’arrête-t-il pas ? Et comment notre idée obsédante nous angoisse-t-elle ?

En 1978, Rachman et de Silva ont démontré, à travers une étude faite sur des adultes normaux, que toute personne peut avoir des pensées inaccoutumées et/ou bizzares à un moment de sa vie. Cependant, ce qui distingue les obsessionnels des personnes normales, c’est l’importance qui est attribuée à la pensée ainsi que l’angoisse qui s’ensuit. D’autres auteurs, en observant par I.R.M, ont émis l’hypothèse d’une hypersensibilité héréditaire aux pensées intrusives qui serait due à un dérèglement au
niveau de la libération de certains neurotransmetteurs. Les recherches actuelles s’intéressent aux mécanismes mentaux de traitement de l’information et son association à la perception du danger.

Pour expliquer la survenue des pensées intrusives, S. Phillipson reprend l’hypothèse de Foa et Kozak.
Pour lui, les pensées intrusives des obsessions pures ont comme origine un dysfonctionnement des processus triés des informations reçues.
Nous sommes rarement conscients de cette faculté qui est assurée par la partie périphérique du cerveau. Brown et MC Neil ont mis en évidence cette fonction spécialisée du cerveau en étudiant le phénomène du « bout de la langue ». Ce fait-là peut être résumé ainsi : une information qui nous paraît évidente mais pourtant inaccessible apparaît subitement à notre conscience quand nous arrêtons l’effort conscient de la chercher. Pour Phillipson, ce processus cérébral est inconscient, il localise les informations pertinentes et les transite vers la conscience. Les données qui ont un lien associatif fort sont plus facilement accessibles que les informations n’ayant aucun lien apparent. Par exemple, en conduisant, quand nous voyons une lumière rouge s’allumer devant nous, nous réagissons promptement en freinant. L’association est forte et rapide entre le stimulus « lumière rouge » et l’idée de danger.

Mais qu’est-ce qui explique l’alarme que les pensées intrusives enclenchent ?
Un autre phénomène est donc à inculper dans les processus de la maladie : l’amygdale ou centre de l’anxiété. En effet, les processus de sélection et de traitement de l’information sont très reliés à cette zone spécifique du cerveau régissant les réponses d’alarme : tachycardie, l’accélération du rythme respiratoire…C’est à l’intersection de ces deux systèmes que le Trouble Obsessionnel Compulsif apparaît.

La transmission de l’information des processus inconscients de sélection à la conscience est un mécanisme purement réflexif que nous contrôlons difficilement.

Quand nous prenons conscience de la pensée intrusive, nous avons le choix quant à son traitement : nous pouvons, soit la considérer comme importante voire alarmante, soit la rejeter en ne lui donnant aucune valeur significative.
Chez les personnes souffrantes d’obsessions pures, le système d’alarme est très sensible et s’enclenche d’une manière erronée.
Ce phénomène pousse le sujet à fixer son attention sur la pensée intrusive, à l’appréhender comme sienne et, enfin, à la considérer comme inquiétante voire effroyable.

C’est alors que l’individu se mobilise pour lutter contre l’objet de sa peur. Une quête de sens effrénée commence et trahit la tentative du patient d’assimiler l’intrusion : c’est la rumination.
Une autre opération mentale se développe également : le rituel ou compulsion mentale qui a pour but de repousser la pensée angoissante.

Cependant, quand la lutte s’avère inefficace, le sujet peut choisir d’éviter les situations qui pourraient susciter la pensée obsédante : ce sont les évitements.

Pour B. M. Hynman, directeur du centre d’aide pour personnes souffrant de T.O.C en Floride (O.C.D Ressource Center of Florida), un autre phénomène très courant chez les obsessionnels purs peut, à son tour, accentuer la réponse anxieuse. Il se présente sous forme d’une distorsion cognitive appelée : fusion pensée/action.
En effet, la fusion pensée/action est une appréhension erronée de l’obsession qui pousse la personne à considérer la pensée intrusive comme un passage à l’acte réel.

La réponse anxieuse d’attaque ou d’évitement légitime la nature menaçante de la pensée et renforce ainsi son traitement par les processus inconscients de sélection. En effet, selon Wenzlaff, Wegner et Roper (1988), un cercle vicieux s’installe : le fait de réagir négativement à une pensée quelconque et, par conséquent, d’essayer de la rejeter, met celle- ci en apposition et augmente sa probabilité de résurgence. C’est à ce moment là que le trouble commence à prendre une allure plus complexe et s’enrichit de distorsions cognitives qui renforcent les symptômes de la maladie.
Pour une personne ne souffrant pas de T.O.C, l’absence de la réponse anxieuse à des pensées intrusives la différencie d’une personne malade.

source: extrait de Amine Mallat-Lopez "Un cas d’obsession pur"

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