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Du danger de la réassurance

Réassurance = compulsion

A première vue la réassurance est un mot qui a des sonorités positives. On se rappelle de nos proches qui nous rassurent quand on va mal, d’un docteur qui nous rassure, voire même du doudou de notre enfance. Dans le cadre du toc, la réassurance est en réalité un fruit empoisonné, à première vue agréable mais en réalité toxique pour l’obsessionnel.

Qu’est ce que la réassurance ?

Il s’agit du fait de chercher un réconfort extérieur sur une idée/pensée intérieure. On cherche un point d’ancrage sur lequel se reposer, qui viendra de quelqu’un d’autre, d’Internet ou autre.

Rechercher la réassurance, c’est s’adonner à la compulsion de son toc du couple.

Cela nourrit le toc, qui fonctionne par boucle d’obsession (ce qui nous pousse à chercher la réassurance) puis de compulsion (vérifier et/ou chercher la réassurance).

La réassurance excessive, implique le besoin de vérifier avec un proche mais également quelqu’un qui ne l’est pas…comme les forums ou groupes d’échanges, et ce de manière continuelle pour s’assurer que tout va bien, que tout est normal par rapport à une obsession, une inquiétude précise.

Les demandes de réassurance excessives augmentent souvent lorsque le niveau d’angoisse est élevé et/ou quand la personne se sent incapable de tolérer l’incertitude.

C’est une des raisons pour lesquelles sur le groupe facebook, nous essayons de limiter un maximum les publications qui demandent de la réassurance, nous attendons parfois aussi plusieurs jours pour valider la publication afin de décaler le besoin compulsif de réponses.

Quelle forme prend la réassurance ?

Elle peut exister sous différentes formes.

Il existe les classiques,

  • La comparaison : « Est ce que vous aussi ça vous fait ça? », « Est ce que vous aussi vous connaissez ces symptômes? »
  • La norme : « Est ce que c’est normal de ressentir ça? », « Est ce que c’est normal que je ne pense pas ça/ que je pense constamment à ça? »
  • Les questionnements existentiels : « Je me demande si je ne serais pas un(e) phobique de l’amour/si je ne suis pas dépendant(e) affective/si l’origine de mon toc ne viendrait pas nos parents/d’un traumatisme, qu’en pensez-vous? »
  • La projection : « Ah bon tu as pensé à/fait ça toi aussi? Comment ça s’est passé. Tu peux me raconter ton histoire? Comment a-t’il/elle réagi? Est-ce que tu te sens soulagé(e)? Tu es guéri(e)? Comment as-tu guéri? » (ici l’obsessionnel cherche en fait à compulser sur ses ruminations en utilisant l’histoire d’une autre personne, il projette ses obsessions sur l’autre)
  • La vérification : « Tu penses que je l’aime? Tu penses qu’il/elle est beau? Tu penses qu’il/elle est intelligent? Qu’on est fait pour être ensemble? »

La réassurance a mille visages : exemples concrets

La réassurance ne se limite pas à demander « tu m’aimes ? ». Elle prend des formes discrètes, parfois difficiles à repérer, parce qu’elles ressemblent à des comportements ordinaires. Voici les plus fréquentes dans le TOC du couple.

  • Auprès du partenaire : « Tu es sûr(e) que tu m’aimes ? », « Tu ne regrettes pas d’être avec moi ? », ou guetter ses réactions pour vérifier qu’il ou elle tient toujours à vous.
  • Auprès des proches : « Toi qui nous connais, tu penses qu’on est faits l’un pour l’autre ? », raconter une dispute pour qu’une amie confirme que « c’est normal », demander à un parent s’il a ressenti la même chose au début de sa relation. Les proches veulent bien faire, mais en répondant « mais oui, tu l’aimes », ils jouent malgré eux le rôle de la compulsion.
  • Sur internet : taper « comment savoir si on aime vraiment quelqu’un », lire des dizaines de témoignages pour trouver celui qui vous ressemble, comparer votre histoire à chaque article.
  • Sur les réseaux sociaux : enchaîner les vidéos « 5 signes que c’est un TOC et pas un désamour », enregistrer des publications pour les relire en cas de crise, écrire en message privé à un compte spécialisé pour décrire votre situation.
  • Dans les groupes d’entraide : publier votre situation pour que d’autres membres confirment que « c’est bien le TOC », relire leurs réponses plusieurs fois.
  • Avec les tests : refaire un test en ligne pour vérifier que le résultat n’a pas changé.
  • Auprès des professionnels : reposer la même question à chaque séance, ou consulter un nouveau praticien pour obtenir un autre avis sur votre cas.
  • Dans votre tête : vous repasser les bons souvenirs pour vous prouver que vous aimez, ou vous répéter « c’est le TOC, ce n’est que le TOC » jusqu’à ce que l’angoisse baisse. Cette auto-réassurance est particulièrement fréquente dans les TOC. Se dire une fois « c’est une pensée obsessionnelle » pour revenir à ce que l’on fait n’est pas un problème ; se le répéter en boucle pour obtenir une certitude en devient un.

Réseaux sociaux, groupes, comptes spécialisés : quand l’aide devient compulsion

Les comptes et les groupes consacrés au TOC du couple, y compris ceux de rocd.fr, peuvent être une vraie ressource : on y découvre que d’autres vivent la même chose, on comprend le mécanisme, on se sent moins seul. Mais ils ont un revers. Leur contenu est disponible à toute heure, en quantité illimitée, et il parle précisément de ce qui vous angoisse : tout est réuni pour qu’ils deviennent une source de réassurance.

Quelques signaux d’alerte :

  • vous ouvrez Instagram ou le groupe dès que le doute monte, pour vous calmer ;
  • vous cherchez la publication qui « colle » exactement à votre situation ;
  • vous relisez les mêmes contenus, ou vous posez la même question sous une autre forme ;
  • le soulagement dure quelques minutes, puis le besoin revient.

Il ne s’agit pas forcément de tout supprimer, mais de changer la façon de les utiliser : les consulter à un moment choisi plutôt qu’en réaction à l’angoisse, et en parler avec votre thérapeute.

Pourquoi doit-on éviter la réassurance ?

  • C’est une forme de compulsion : la recherche de réassurance excessive est un acte qui est effectué encore et encore dans l’espoir de réduire l’angoisse liée à l’obsession.
     
  • Cela donne une validité, une pertinence à l’obsession : chaque fois qu’une personne atteinte d’un trouble obsessionnel se met à compulser, cela induit un renforcement de la pertinence de cette obsession. Après tout, pourquoi rechercher la réassurance puisqu’il n’y a pas de raison de s’inquiéter.
     
  • Cela entraine l’évitement : cela renforce également l’idée que la personne ne peut pas faire face à l’incertitude et à la détresse associée à l’obsession et du coup, cet évitement devient la seule solution. L’évitement est parfaitement nocif dans le cas des troubles obsessionnels puisqu’il empêche la personne de découvrir que ses craintes sont fondées. Ainsi, même si la réassurance fait que la personne se sent mieux pendant une courte période, à long terme, cela sert uniquement à perpétuer les symptômes du TOC.
     
  • La réassurance est nocive aux relations : Enfin, les proches qui sont une source vitale de soutien social peuvent parfois être agacés ce qui peut les conduire à éviter la personne affectée, ce qui a pour incidence d’élever leur niveau d’angoisse. L’angoisse est un des principaux symptômes des troubles obsessionnels et requiert une thérapie adaptée.

Psychoéducation ou réassurance : où est la frontière ?

S’informer sur le TOC du couple fait partie du traitement : comprendre le mécanisme aide à ne plus prendre ses pensées au mot. Mais une même lecture peut servir deux objectifs très différents. Quatre repères aident à faire la différence.

PsychoéducationRéassurance
L’intentionComprendre comment fonctionne le TOCObtenir la certitude que votre situation est « bien » un TOC, ou que vous aimez
La question« Comment fonctionne la réassurance ? »« Est-ce que moi, j’ai un TOC ou un désamour ? »
La répétitionUne lecture, éventuellement relue plus tard à tête reposéeRelire ou rechercher la même chose en boucle, surtout en pleine angoisse
L’effetUne compréhension qui resteUn soulagement rapide qui retombe, suivi d’un nouveau besoin

Exemple : lire cette page un soir pour comprendre pourquoi vous demandez sans cesse à votre partenaire s’il vous aime relève de la psychoéducation. La relire chaque fois que le doute surgit, pour vous convaincre que « c’est bien le TOC », relève de la réassurance.

Exemples de personnes souffrants du toc du couple

EXEMPLE 1 : Julie éprouve des obsessions à l’idée d’accrocher quelqu’un en voiture sans s’en rendre compte. Elle demande du coup souvent à son mari de regarder dans le rétroviseur pour être sûre qu’elle n’a pas roulé sur quelqu’un sans le voir. Bien qu’ennuyé, son mari ne voulant pas qu’elle angoisse, regarde dans le rétro lorsque sa femme lui demande et lui dit que tout va bien.

EXEMPLE 2 : Rahim a des obsessions sexuelles, il a peur de violer quelqu’un. Même si Rahim trouve ses pensées très pénibles et qu’il ne veut pas les avoir, il est convaincu qu’avoir ces pensées signifie qu’il est un violeur. Il demande constamment à son frère s’il pense qu’il est dangereux et s’il a déjà violé quelqu’un. Son frère refuse de discuter de la question ce qui angoisse Rahim.

EXEMPLE 3 : Aurélie est angoissée de contracter une maladie sexuellement transmissible en manipulant les poignées de porte dans les lieux publics. Après avoir lavé ses mains, elle demande souvent à un ami, voire à un étranger, quand l’angoisse est à son maximum, si ses mains sont propres ou si elle doit s’inquiéter d’attraper une maladie. Même si on lui dit qu’elle n’a pas à angoisser pour ça, elle pose un certain nombre de question de type « Et si…? » ou « même si… » jusqu’à ce qu’elle se sente complètement en confiance par rapport à la propreté de ses mains. Ses amis et sa famille évitent désormais d’aller dans des lieux publics avec elle à cause de ses angoisses.

EXEMPLE 4 :  Sathia a des obsessions par rapport au fait que son épouse meure dans un accident. Il l’appelle plusieurs fois par jour s’assurer qu’elle soit bien vivante, que tout aille bien et se met en colère si elle ne peut pas lui répondre. Les collègues de sa femme commencent à se rendre compte de la situation vu le nombre d’appels qu’elle reçoit. Elle est préoccupée par rapport à l’impact des angoisses de son mari sur sa carrière.

Quelle est la meilleure manière de faire face à la recherche de réassurance ?

  • Comprendre que la réassurance est tout simplement une compulsion qui doit être réduite ou éliminée. Cela peut être fait par exemple dans le cadre d’une thérapie comportementale et cognitive seul(e) ou avec sa famille.
     
  • Il faut être d’accord pour arrêter. Dans le contexte du traitement du trouble, le patient comme ses proches doivent s’accorder pour ne plus demander/fournir une réassurance excessive. Cela peut être difficile pour les membres de la famille qui souvent, ne veulent rien de plus que diminuer le niveau d’anxiété de la personne qu’ils aiment.
    Quoiqu’il en soit, une fois que les membres de la famille réalisent que la recherche de réassurance est une forme de compulsion, beaucoup sont capables d’arrêter.
     
  • Cibler les principaux problèmes. Il est souvent très utile pour le patient et ses proches d’identifier un nombre précis de cas de figure où la personne cherche de la réassurance et d’écrire à chaque fois la réponse à cette réassurance (« les mains sont propres, il n’y a pas de maladie » pour reprendre l’exemple 3) sur une « carte repère » que le patient peut avoir sur lui. Chaque fois que la situation l’exige, ils pourront sortir la carte et lire la réponse plutôt que de demander directement aux proches. Même si cela représente toujours une compulsion, cela réduit la détresse et améliore la relation avec les autres.
     
  • Afin de réduire la « recherche de réassurance » directement, le plus efficace serait d’enseigner à nos proches les stratégies du toc pour gérer la quête de certitude.

Comment conseiller un obsessionnel en quête de réassurance ? à destination des partenaires ou membres de la famille

  • La première chose à faire : ne répondez pas à sa question.
    Si vous répondez « moi aussi je fais souvent l’expérience de cette situation, j’ai souvent ce sentiment » ou « je n’ai jamais vécu cela, je n’ai jamais ressenti ou pensé à cela », voir encore « je pense que c’est normal/anormal de ressentir cela », « je pense que tu l’aimes / que tu devrais rompre », « je pense que le toc ne vient pas de ton traumatisme d’enfance / qu’il vient de ton traumatisme » etc, ces réponses peuvent soit rassurer la personne (mauvais) ou le faire ruminer de plus belle et angoisser.

     
    • En répondant par la négative, vous allez générer de fortes angoisses chez l’obsessionnel « ah bon tu crois que je ne l’aime pas? ça m’ennuie que tu dises cela, je suis très angoissée. Tu crois que je devrais rompre? Mais je ne veux pas ! je ne pense qu’à ça maintenant ! »
       
    • Si vous répondez par la positive : vous nourrissez son toc.

Le toqué(e) sera satisfait pendant un court moment. La question va revenir l’obséder, et il vous reposera la question, cela peut durer des heures ou des jours et tourner en boucle…Ou bien, il se satisfera de la réponse et reviendra vers vous au moindre problème, sur un autre thème.

Cela génèrera par la suite de nouvelles pensées, de nouveaux doutes sur d’autres sujets (par ex le partenaire toquait sur ses sentiments, cela ira sur douter de vos sentiments, douter de son attirance etc) à moyen et long terme, cela aggrave durablement le trouble et la largesse des thèmes va compliquer la rémission du patient.

Le toqué s’enferme intérieurement sur ses pensées, et avec le temps des nouveaux troubles peuvent s’associer (trouble anxieux généralisé, trouble panique, toc homo …)

Ce que dit la recherche

Les travaux d’Osamu Kobori et Paul Salkovskis montrent que les personnes souffrant de TOC recherchent la réassurance de façon plus intense et plus minutieuse que les autres, et ont davantage recours à l’auto-réassurance (Kobori et Salkovskis, 2013). Ils observent aussi que la réassurance apporte un soulagement à court terme, suivi d’un retour de l’inconfort et de l’envie d’être à nouveau rassuré (Salkovskis et Kobori, 2015). Dans le TOC du couple, les travaux de Guy Doron et de son équipe décrivent la recherche de réassurance auprès du partenaire et de l’entourage parmi les compulsions caractéristiques du trouble.

Sources

  • Kobori O., Salkovskis P. M. (2013). Patterns of reassurance seeking and reassurance-related behaviours in OCD and anxiety disorders. Behavioural and Cognitive Psychotherapy, 41(1), 1-23. doi.org/10.1017/S1352465812000665
  • Salkovskis P. M., Kobori O. (2015). Reassuringly calm? Self-reported patterns of responses to reassurance seeking in obsessive compulsive disorder. Journal of Behavior Therapy and Experimental Psychiatry, 49(Pt B), 203-208. doi.org/10.1016/j.jbtep.2015.09.002
  • Travaux de Guy Doron et coll. sur le ROCD : voir la page Études scientifiques.

Conclusion

En conclusion : Tant que le toqué ne se prend pas en main avec un thérapeute compétent qui exerce la thérapie comportementale et cognitive, lui apprend à décortiquer le schéma de ses pensées, à rationnaliser, à accepter les pensées, lâcher prise, s’exposer, s’engager, le toqué augmentera son trouble.

Bien qu’à un moment celui-ci puisse un peu diminuer du fait de l’habituation à l’objet angoissant (le couple) ou dans le pire des cas, générer des ruptures sentimentales.