Réassurance = compulsion
Qu’est ce que la réassurance ?
Quelle forme prend la réassurance ?
La réassurance a mille visages : exemples concrets
La réassurance ne se limite pas à demander « tu m’aimes ? ». Elle prend des formes discrètes, parfois difficiles à repérer, parce qu’elles ressemblent à des comportements ordinaires. Voici les plus fréquentes dans le TOC du couple.
- Auprès du partenaire : « Tu es sûr(e) que tu m’aimes ? », « Tu ne regrettes pas d’être avec moi ? », ou guetter ses réactions pour vérifier qu’il ou elle tient toujours à vous.
- Auprès des proches : « Toi qui nous connais, tu penses qu’on est faits l’un pour l’autre ? », raconter une dispute pour qu’une amie confirme que « c’est normal », demander à un parent s’il a ressenti la même chose au début de sa relation. Les proches veulent bien faire, mais en répondant « mais oui, tu l’aimes », ils jouent malgré eux le rôle de la compulsion.
- Sur internet : taper « comment savoir si on aime vraiment quelqu’un », lire des dizaines de témoignages pour trouver celui qui vous ressemble, comparer votre histoire à chaque article.
- Sur les réseaux sociaux : enchaîner les vidéos « 5 signes que c’est un TOC et pas un désamour », enregistrer des publications pour les relire en cas de crise, écrire en message privé à un compte spécialisé pour décrire votre situation.
- Dans les groupes d’entraide : publier votre situation pour que d’autres membres confirment que « c’est bien le TOC », relire leurs réponses plusieurs fois.
- Avec les tests : refaire un test en ligne pour vérifier que le résultat n’a pas changé.
- Auprès des professionnels : reposer la même question à chaque séance, ou consulter un nouveau praticien pour obtenir un autre avis sur votre cas.
- Dans votre tête : vous repasser les bons souvenirs pour vous prouver que vous aimez, ou vous répéter « c’est le TOC, ce n’est que le TOC » jusqu’à ce que l’angoisse baisse. Cette auto-réassurance est particulièrement fréquente dans les TOC. Se dire une fois « c’est une pensée obsessionnelle » pour revenir à ce que l’on fait n’est pas un problème ; se le répéter en boucle pour obtenir une certitude en devient un.
Réseaux sociaux, groupes, comptes spécialisés : quand l’aide devient compulsion
Les comptes et les groupes consacrés au TOC du couple, y compris ceux de rocd.fr, peuvent être une vraie ressource : on y découvre que d’autres vivent la même chose, on comprend le mécanisme, on se sent moins seul. Mais ils ont un revers. Leur contenu est disponible à toute heure, en quantité illimitée, et il parle précisément de ce qui vous angoisse : tout est réuni pour qu’ils deviennent une source de réassurance.
Quelques signaux d’alerte :
- vous ouvrez Instagram ou le groupe dès que le doute monte, pour vous calmer ;
- vous cherchez la publication qui « colle » exactement à votre situation ;
- vous relisez les mêmes contenus, ou vous posez la même question sous une autre forme ;
- le soulagement dure quelques minutes, puis le besoin revient.
Il ne s’agit pas forcément de tout supprimer, mais de changer la façon de les utiliser : les consulter à un moment choisi plutôt qu’en réaction à l’angoisse, et en parler avec votre thérapeute.
Pourquoi doit-on éviter la réassurance ?
Psychoéducation ou réassurance : où est la frontière ?
S’informer sur le TOC du couple fait partie du traitement : comprendre le mécanisme aide à ne plus prendre ses pensées au mot. Mais une même lecture peut servir deux objectifs très différents. Quatre repères aident à faire la différence.
| Psychoéducation | Réassurance | |
|---|---|---|
| L’intention | Comprendre comment fonctionne le TOC | Obtenir la certitude que votre situation est « bien » un TOC, ou que vous aimez |
| La question | « Comment fonctionne la réassurance ? » | « Est-ce que moi, j’ai un TOC ou un désamour ? » |
| La répétition | Une lecture, éventuellement relue plus tard à tête reposée | Relire ou rechercher la même chose en boucle, surtout en pleine angoisse |
| L’effet | Une compréhension qui reste | Un soulagement rapide qui retombe, suivi d’un nouveau besoin |
Exemple : lire cette page un soir pour comprendre pourquoi vous demandez sans cesse à votre partenaire s’il vous aime relève de la psychoéducation. La relire chaque fois que le doute surgit, pour vous convaincre que « c’est bien le TOC », relève de la réassurance.
Exemples de personnes souffrants du toc du couple
Quelle est la meilleure manière de faire face à la recherche de réassurance ?
Comment conseiller un obsessionnel en quête de réassurance ? à destination des partenaires ou membres de la famille
Ce que dit la recherche
Les travaux d’Osamu Kobori et Paul Salkovskis montrent que les personnes souffrant de TOC recherchent la réassurance de façon plus intense et plus minutieuse que les autres, et ont davantage recours à l’auto-réassurance (Kobori et Salkovskis, 2013). Ils observent aussi que la réassurance apporte un soulagement à court terme, suivi d’un retour de l’inconfort et de l’envie d’être à nouveau rassuré (Salkovskis et Kobori, 2015). Dans le TOC du couple, les travaux de Guy Doron et de son équipe décrivent la recherche de réassurance auprès du partenaire et de l’entourage parmi les compulsions caractéristiques du trouble.
Sources
- Kobori O., Salkovskis P. M. (2013). Patterns of reassurance seeking and reassurance-related behaviours in OCD and anxiety disorders. Behavioural and Cognitive Psychotherapy, 41(1), 1-23. doi.org/10.1017/S1352465812000665
- Salkovskis P. M., Kobori O. (2015). Reassuringly calm? Self-reported patterns of responses to reassurance seeking in obsessive compulsive disorder. Journal of Behavior Therapy and Experimental Psychiatry, 49(Pt B), 203-208. doi.org/10.1016/j.jbtep.2015.09.002
- Travaux de Guy Doron et coll. sur le ROCD : voir la page Études scientifiques.

