C'est ce deuxième article que je commente ici. Il est, à sa façon, encore plus parlant que le premier : ce sont des voix directes, brutes, sans filtre clinique, qui décrivent de l'intérieur ce que vivent des milliers de personnes atteintes du TOC du couple.
Des forums où les gens trouvent enfin des mots
La journaliste Christine Mateus note que sur Internet, les témoignages de personnes pensant souffrir du TOC du couple "se multiplient". C'était vrai en 2019. C'est encore plus vrai aujourd'hui. Et ce n'est pas un hasard : les forums et les groupes de soutien en ligne ont souvent été le premier endroit où des personnes ont découvert que ce qu'elles vivaient avait un nom.
C'est d'ailleurs exactement comme ça que j'ai commencé moi-même, en 2007 et 2008 : sur les forums francophones, à chercher des mots pour mettre sur quelque chose d'incompréhensible et d'épuisant. Et à réaliser, en lisant les témoignages des autres, que je n'étais pas seule.
Les témoignages : des voix qui disent l'indicible
L'article du Parisien reprend plusieurs témoignages qui méritent qu'on s'y arrête, parce qu'ils illustrent avec une précision saisissante les différentes facettes du trouble.
Une femme en couple depuis 11 ans, qu'elle décrit comme "grande anxieuse au passé lourd d'angoisses", liste les pensées dont elle n'arrive pas à se défaire : "Je ne l'aime plus", "je fais semblant avec lui et je mens à tout le monde", "il n'est pas suffisamment cultivé pour moi donc ne m'apporte rien", "nous sommes trop différents", "il ne me fait plus rire", "j'ai honte de lui". Et dans la même phrase, elle ajoute : "J'ai horriblement peur qu'on se sépare, c'est atroce. J'ai tellement peur qu'on ne s'en sorte pas, je veux que tout redevienne comme avant."
Ce paradoxe est au cœur du TOC du couple : la personne est convaincue de ne plus aimer, et en même temps terrifiée à l'idée de perdre la relation. Si c'était vraiment un manque d'amour, la perspective de la séparation serait soulagante. Or c'est l'inverse qui se produit. C'est précisément ce paradoxe qui est le signe le plus révélateur du trouble.
Kim décrit un autre mécanisme caractéristique : "Je me mets même en condition pour me séparer de lui, c'est absurde." Cette préparation mentale à la rupture, ce répétition intérieure du scénario de séparation, est une forme de compulsion cognitive très fréquente dans le TOC du couple. On "teste" mentalement ce que serait la vie sans l'autre, cherchant une réponse émotionnelle qui confirmerait ou infirmerait les doutes. Et bien sûr, la réponse ne vient jamais.
Un homme en couple depuis 8 ans témoigne avec une précision remarquable du déclenchement du trouble : une crise d'angoisse dans le métro, sans raison apparente. "Depuis ce jour, je n'ai qu'une crainte : ne plus aimer ma conjointe. Cette idée s'impose à mon esprit sans que je sois en capacité de la juguler. Elle provoque de vives tensions en moi, de fortes angoisses et un mal-être profond. Bien que je sois persuadé d'en être fou amoureux, mon esprit m'indique le contraire. Quelle souffrance."
Cette dernière phrase résume tout avec une clarté rare : "bien que je sois persuadé d'en être fou amoureux, mon esprit m'indique le contraire." C'est exactement le fonctionnement du TOC : une certitude profonde qui coexiste avec une pensée obsessionnelle qui la contredit sans cesse.
Les périodes d'accalmie : un soulagement trompeur
Ce même témoignage décrit aussi les "périodes d'accalmie", ce "vent de lucidité" qui gomme "toutes ces pensées néfastes", mais ces dernières "ne sont jamais bien loin dans l'esprit et ressurgissent de manière très régulière".
Ces périodes d'accalmie sont importantes à comprendre, parce qu'elles peuvent induire en erreur. La personne se dit : "Ça y est, c'est fini, j'ai compris, je l'aime vraiment." Et quelques jours ou quelques semaines plus tard, le cycle reprend. Ce n'est pas qu'elle a "rechutée" ou que ses sentiments ont changé. C'est que le TOC suit un rythme propre, avec des pics et des accalmies, indépendamment de la réalité des sentiments.
Sans prise en charge, ces cycles ont tendance à s'intensifier avec le temps.
Le TOC du couple touche aussi les hommes
Cet article du Parisien est l'un des rares à donner explicitement la parole à un homme dans le cadre du TOC du couple. La presse et les témoignages publics sont souvent dominés par des voix féminines, ce qui peut donner l'impression que le trouble est principalement féminin.
Ce n'est pas le cas. Dans mon groupe de soutien et dans les demandes de consultation que je reçois, les hommes sont très présents. Ils s'expriment peut-être moins facilement, dans un contexte culturel où verbaliser ses doutes sentimentaux reste plus difficile pour eux, mais ils souffrent autant.
Le TOC du couple touche toutes les orientations sexuelles, tous les profils, tous les âges. Ce n'est pas un trouble genré.
Pourquoi ces témoignages en ligne sont si importants
L'article du Parisien note que sur internet, ces témoignages "se multiplient". Ce phénomène mérite d'être salué, parce qu'il remplit une fonction essentielle : il permet aux personnes qui souffrent de se reconnaître.
Avant que rocd.fr existe, avant que des articles de presse paraissent, il n'y avait pas de mot francophone pour nommer ce trouble. Des personnes souffraient pendant des années sans savoir pourquoi, sans comprendre ce qui leur arrivait, parfois en rompant des relations saines parce qu'elles n'avaient pas les outils pour différencier le TOC d'un manque d'amour réel.
Aujourd'hui, quelqu'un qui tape "je doute d'aimer mon partenaire" sur un moteur de recherche peut trouver en quelques secondes une explication, un test, des témoignages, et le chemin vers un accompagnement adapté. C'est une transformation profonde, et elle est le fruit de toutes ces voix qui ont osé témoigner, en ligne ou dans la presse.
Lire l'article original
L'article de Christine Mateus est disponible sur le site du Parisien :
TOC du couple : "Je n'ai qu'une crainte, ne plus aimer ma conjointe" (Le Parisien, mars 2019)
Je vous invite aussi à lire le premier article du Parisien publié le même jour : Ce TOC qui empoisonne les relations amoureuses.
Pour aller plus loin sur rocd.fr
Ce contenu est informatif et ne remplace pas un suivi thérapeutique professionnel. Si vous souffrez d'un TOC du couple, consultez un thérapeute formé aux TOC.