Le 22 octobre 2020, la journaliste Wassila Djellouli publiait dans Yahoo Style France un article intitulé "Ils souffrent du TOC du couple, une vraie maladie du doute en amour". Pour la communauté des personnes atteintes du TOC du couple en France, c'était une reconnaissance rare et bienvenue : enfin un article grand public qui prenait le trouble au sérieux, avec des témoignages concrets et l'éclairage d'un professionnel.
Je vous propose ici non seulement le lien vers cet article, mais aussi un commentaire plus large sur ce qu'il révèle de la situation du TOC du couple en France : un trouble encore trop méconnu, trop peu diagnostiqué, mais de plus en plus visible grâce aux personnes qui osent en parler.
Ce que dit l'article de Yahoo Style France
L'article de Wassila Djellouli s'appuie sur deux témoignages de femmes atteintes du TOC du couple, ainsi que sur l'expertise de Rodolphe Hurlot, psychopraticien spécialisé dans les troubles obsessionnels avec compulsions cognitives et auteur du livre "La maladie de l'amour, le TOC du couple ou ROCD".
Ce qui frappe dans ces témoignages, c'est à quel point ils résonnent avec ce que j'entends depuis des années dans mon groupe de soutien. Cindy, l'une des personnes interrogées, décrit ce mécanisme si caractéristique : au début d'une relation, tout va bien, puis elle commence à "bloquer sur un défaut" et les questions s'enchaînent. "Est-ce que je le trouve vraiment à mon goût ? Et si je me trompais ?" Le cerveau s'emballe, le sommeil disparaît, et c'est souvent le début de la fin, malgré des sentiments bien réels.
Aurore, la seconde interlocutrice, décrit avec une précision douloureuse le fonctionnement du trouble : "Le TOC nous dépossède de nous-mêmes. Lorsqu'il se manifeste, on n'a plus la capacité de penser à autre chose. Toute notre énergie est monopolisée et drainée."
Un trouble mal diagnostiqué et peu pris au sérieux
L'article pointe une réalité que je constate depuis 2008 : le TOC du couple est un trouble invisible. Comme l'explique Rodolphe Hurlot dans l'article, "c'est un TOC invisible, et tout ce qui est invisible ne fait pas de vues sur YouTube, ni de ventes." Cette invisibilité a des conséquences directes sur les personnes qui en souffrent : elles se retrouvent souvent seules face à leur détresse, incomprises de leurs proches et mal accompagnées par des professionnels non formés sur le sujet.
Combien de fois ai-je entendu, dans mon groupe de soutien, des personnes me dire qu'elles avaient consulté plusieurs thérapeutes avant de trouver quelqu'un qui connaisse le TOC du couple ? Combien m'ont dit que leur entourage leur répondait "quand il y a un doute, il n'y a pas de doute", alimentant ainsi le trouble au lieu de les aider ?
Ce manque de reconnaissance retarde la prise en charge, parfois de plusieurs années. Et pendant ce temps, les personnes continuent de souffrir, de rompre des relations, parfois de s'isoler.
La compulsion cognitive au coeur du TOC du couple
L'article de Yahoo Style introduit une notion importante : les compulsions cognitives. Contrairement au TOC de propreté, dont les compulsions sont visibles (se laver les mains, vérifier les portes), le TOC du couple se manifeste par des compulsions mentales : ruminer, chercher des preuves d'amour, comparer sa relation à celle des autres, lire des articles sur les "signes qu'on est amoureux".
Rodolphe Hurlot illustre cela avec une analogie éclairante : "C'est comme si avant de manger un gâteau au chocolat, vous vous demandiez pendant vingt minutes si vous en avez vraiment envie. Au bout d'un moment, vous n'en aurez plus envie." C'est exactement ce qui se passe dans le TOC du couple : l'analyse permanente des sentiments finit par les vider de leur substance.
Ce mécanisme est crucial à comprendre, parce qu'il explique pourquoi les stratégies intuitives ne fonctionnent pas. Chercher des réponses, analyser, vérifier : tout cela soulage brièvement l'anxiété et la renforce sur la durée.
La médiatisation du TOC du couple en France : un chemin encore long
L'article de Yahoo Style France de 2020 était l'un des premiers articles grand public en France sur le TOC du couple. Avant lui, il y avait eu l'article de Femme Actuelle en mai 2018 (premier article presse française sur le sujet), quelques mentions dans des médias spécialisés, et beaucoup de silence.
Depuis, les choses ont progressé, lentement. Des thérapeutes parlent davantage du ROCD. Des créateurs de contenu comme Aurore, citée dans l'article, ont contribué à faire connaître le trouble via les réseaux sociaux. Rocd.fr, depuis 2013, continue d'être la référence francophone sur le sujet.
Mais il reste encore beaucoup à faire. Le TOC du couple est sous-diagnostiqué, les formations des professionnels de santé mentale sur ce trouble sont insuffisantes, et trop de personnes continuent d'errer pendant des années avant de trouver un accompagnement adapté.
Ce que cet article change (et ce qu'il ne change pas)
Un article dans un grand média comme Yahoo Style France, c'est précieux. Cela valide l'existence du trouble aux yeux du grand public. Cela donne aux personnes qui souffrent un vocabulaire pour nommer ce qu'elles vivent. Cela peut déclencher une recherche, une prise de contact, un premier rendez-vous chez un thérapeute.
Mais un article ne suffit pas. Ce qu'il faut, c'est une meilleure formation des professionnels de santé, une plus grande visibilité du trouble dans les cursus de psychologie et de psychiatrie, et des ressources accessibles pour les personnes qui cherchent de l'aide.
C'est pourquoi rocd.fr existe depuis 2013. Et c'est pourquoi je continue, parce que chaque personne qui arrive sur ce site et qui se reconnaît dans ce qu'elle lit mérite de savoir qu'elle n'est pas seule, que ce qu'elle vit a un nom, et que la rémission est possible.
Lire l'article complet
Je vous invite à lire l'article de Wassila Djellouli dans Yahoo Style France :
Ils souffrent du TOC du couple, une vraie maladie du doute en amour (Yahoo Style France, octobre 2020)
Pour aller plus loin sur rocd.fr
Ce contenu est informatif et ne remplace pas un suivi thérapeutique professionnel. Si vous souffrez d'un TOC du couple, consultez un thérapeute formé aux TOC.