La phobie d impulsion

La phobie d’impulsion est caractérisée par une obsession –donc une pensée qui s’impose à l’esprit que le sujet s’évertue à chasser-

C’est un symptôme qui intègre très souvent le diagnostic de trouble obsessionnel compulsif. La pensée angoissante se traduit par la crainte obsédante et irraisonnée de commettre un acte dangereux pour soi-même ou pour autrui ; c’est également la crainte de commettre un acte contraire à ses valeurs, à ses envies ou à ses principes. Il peut s’agir de la peur d’avoir envie de tuer, de hurler, de violer, d’intenter à la vie de son enfant ou à la sienne, de sauter sur un inconnu en le rouant de coups, de se dévêtir…

La phobie d’impulsion est relativement présente dans le ROCD -ou TOC du couple- et elle prend une forme inédite. Le ROCD se caractérise par la peur de ne plus aimer son conjoint ou sa conjointe, mais aussi par la peur de ne plus être aimé… Cette crainte devient obsessionnelle, elle est assortie de pensées neutralisantes –ou ruminations- dans lesquelles s’enlisent les patients : se prouver par a+b que l’on aime son ami, tenter de ressentir de l’amour ou de l’envie -en se projetant ou en étreignant l’être aimé-, se rassurer auprès de sa compagne ou de son compagnon…  

Cela est peu connu, néanmoins, la phobie d’impulsion est récurrente en cas de ROCD et voici par quoi elle se traduit :

  • Il est fréquent que la personne en proie au TOC du couple soit sujette à la crainte irraisonnée et irrationnelle de quitter l’être aimé sur un coup de tête ! comme s’il était possible de ne plus aimer brusquement, sur un coup de folie. Cette crainte peut atteindre des zones stratosphériques en termes d’angoisses, jusqu’à l’attaque de panique (isolée du trouble panique).
     
  • Un autre exemple de phobie d’impulsion de type ROCD est la peur soudaine et irraisonnée de sauter sur un inconnu en vue de l’embrasser ou de s’adonner à des actes sexuels avec lui ! comme si l’envie devenait irrésistible et que la personne s’affranchissait de toute retenue, de tout principe… Celle-ci peut aussi se caractériser par la peur de tomber amoureux d’un passant ou d’une passante ! Le sujet ne passe jamais à l’acte, mais il est saisi d’effroi dans une sensation d’imminence de l’acte redouté.
     
  • Aussi, la crainte soudaine de poignarder ou d’étouffer son conjoint ou sa conjointe est souvent relatée. La personne se saisirait d’un couteau sur un coup de folie afin de se débarrasser de l’objet anxiogène : l’être aimé ! Bien entendu, il ne s’agit que de pensées intrusives et le passage à l’acte est nul en cas de diagnostic de TOC ; cependant, l’impression est criante de vérité et l’individu se sent dépossédé de son discernement. Il n’en est rien, bien heureusement…

Il est également possible de souffrir de phobies d’impulsion dans le du HOCD –ou la crainte obsédante d’être homosexuel- et des nombreuses obsessions idéatives que l’on n’évoque jamais. Une obsession idéative est très proche d’une obsession impulsive (ou phobie d’impulsion), la frontière est très mince et les stratégies de réassurance sont similaires : l’évitement, la rumination, la compulsion.

Les outils thérapeutiques qui ont prouvé une efficacité en matière de phobies d’impulsion relèvent de la thérapie cognitive et comportementale : l’assouplissement des postulats de « croyance », l’exposition par imagination ou flooding, l’exposition avec prévention de la réponse (le lâcher-prise), la méditation pleine conscience, l’exposition in vivo.

Rodolphe Hurlot, psychopraticien et sophrologue spécialisé dans les obsessions idéatives

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