Votre meilleur ami c'est vous

Interview sur le livre "Votre meilleur ami, c'est vous"

Par Le 10/07/2018 0

Dans Interviews et Témoignages

Bonjour à tous,

J'ai eu l'occasion d'interviewer le Dr Céline Tran, psychiatre, sur l'oeuvre "Votre meilleur ami, c'est vous" aux éditions Iconoclaste, qu'elle a co-écrit avec Claire Mizzi psychologue.
Il est important sur la voie de la rémission , entre autre, de trouver ses propres chemins intérieurs.
Ce livre est fourni avec un CD de méditation.

Je tiens à la remercier pour le temps consacré à cette interview.


Interview

On dit que « pour aimer quelqu’un, il faut s’aimer soi-même », finalement, la bienveillance c’est un peu la même chose… ?

Dr Céline TRAN : Pour aimer quelqu’un de façon sincère et authentique, être disponible pour une personne, il faut d’abord bien s’aimer.

On apprend à connaître ses besoins, ses limites, on arrête de s’auto-critiquer, on accepte nos imperfections, nos défauts sans s’en vouloir. La bienveillance pour soi est un vrai acte d’amour vers la réconciliation avec nous-mêmes.

S’aimer ne veut pas dire être auto-centré.

Au contraire, quand on s’aime, on est beaucoup plus disponible pour les autres, parce qu’on est en paix avec soi même.

Sinon, on peut attendre trop de l’autre, ce qui n’est pas son rôle. On peut vouloir qu’il comble tous nos désirs, nos besoins, qu’il nous rassure en permanence, qu’il soit parfait. Or l’autre ne pourra jamais combler tous nos besoins, alors on risque de devenir frustré, de le critiquer, de le rejeter.

La bienveillance diffère t-elle de l’empathie ? doit-on être bienveillant quel qu’en soit les circonstances ?

DR CT :  La bienveillance est différente de l’empathie.

L’empathie est une résonnance en miroir des émotions, un partage émotionnel.

Par exemple : Je vois devant moi une collègue qui pleure car elle vient d’apprendre une mauvaise nouvelle. Je ressens alors sa tristesse et si je suis hyperempathique, il se peut que moi-même, je me mette à pleurer avec elle.

C’est le phénomène de contagion émotionnelle où on peut être submergé par les émotions de l’autre ce qui peut nous amener à de la fatigue émotionnelle.

Alors que pour une même scène, en ressentant de la bienveillance et de la compassion pour notre collègue, nous n’allons pas pleurer, nous comprenons sa tristesse et nous allons chercher à l’aider en la consolant, la réconfortant.

Nous sommes protégés de la détresse empathique.

La compassion est un sentiment proche de l’amour d’après Tania Singer chercheuse en neurosciences.

Sur le plan cérébral, quand nous ressentons de la compassion, les aires cérébrales activées font parties des zones d’émotions positives et agréables. Alors quand nous ressentons de l’empathie, ce sont plutôt des zones sièges d’émotions désagréables qui sont activées.

C’est pourquoi, il est plutôt recommandé de cultiver la compassion et la bienveillance dès que nous le pouvons car cela déclenche en nous des émotions agréables, sans compter que la personne en face va,elle aussi, ressentir des effets positifs.

Donc tout le monde y gagne.

La compassion n’est pas un sentiment naturel, il faut entrainer l’esprit à le ressentir par des méditations spécifiques.

Etre bienveillant ne veut pas dire tout accepter, ni aimer tout le monde.

C’est toujours plus facile d’être bienveillant avec les personnes que nous aimons. Mais il est beaucoup plus difficile de l’être avec quelqu’un que nous n’apprécions pas.

Dans ce cas, les premiers pas de la bienveillance peuvent être simplement d’éviter de vouloir nuire à cette personne, de ne pas nourrir de ressentiment ou de médire sur son compte.

On essaie de voir que derrière cette personne, il y a un être humain qui souffre aussi.

Pouvez-vous nous expliquer, en quelques mots, en quoi consiste la méditation ?

DR CT : La méditation de pleine conscience est une méthode d’entraînement mental qui nous aide à rester dans leprésent. Pour cela, nous nous entraînons à diriger consciemment notre attention, à l’instant voulu, sur l'expérience du moment présent, sans aucun jugement.

Les différentes techniques proposées peuvent être inscrites dans des temps spécifiquement dédiés à la méditation, ce sont des pratiques formelles. Il existe aussi des pratiques informelles qui consistent à s’entraîner lors des activités quotidiennes.

La méditation n’est pas religieuse, elle ne prône ni la résignation ni la passivité. Elle permet de prendre du recul par rapport à nos pensées et nos schémas mentaux. Elle contribue à une meilleure acceptation de soi et nous permet d’agir efficacement au lieu de réagir automatiquement.

Vous pratiquez en tant que thérapeute le cursus MBCT, que j'ai moi-même pratiqué avec vous, quels en sont les bienfaits?

DR CT :  Le MBCT est un programme qui combine la méditation de pleine conscience avec la thérapie cognitive.

Elle permet de prévenir les rechutes anxio dépressives.

Mais au-delà de cet aspect, les bienfaits sont nombreux comme par exemple : développer le lâcher prise, l’acceptation, vivre dans le moment présent, gérer ses émotions et ses pensées, sortir des boucles ruminatives.

Votre ouvrage s'imprègne également de la thérapie ACT (thérapie de l'acceptation et de l'engagement) qui fait partie de la troisième vague des thérapies cognitives et comportementales, comment cette nouvelle approche, vient compléter et élargir la psychothérapie classique?

DR CT : Dans notre ouvrage «  Votre meilleur ami, c’est vous », nous nous sommes inspirées de la thérapie ACT  principalement dans notre dernier chapitre afin de donner la possibilité aux personnes d’agir, d’être acteur de leur  vie une fois qu’elles ont fait la paix avec elles-mêmes. Elles peuvent alors libérer leur énergie pour aller vers une vie qui ait plus de sens, une vie connectée à leurs valeurs. Une vie qui vaut la peine d’être pleinement vécue dans le sens de l’ACT.

La thérapie ACT aborde à mon sens une question fondamentale qui est la question des valeurs et de ce que nous voulons faire de notre précieuse et unique vie. Cette dimension existentielle apporte une ouverture aux TCC à quelque chose de plus vaste, de presque transcendant.

Vous citez Jeffrey Young qui écrit « Je réinvente ma vie » sur la thérapie des schémas, comment ces schémas s’acquièrent ils ? En quoi peuvent-ils dérégler les émotions ressenties ?

DR CT : Les schémas ont des origines multiples : une partie génétique, de l’éducation, des liens avec nos parents notamment du style d’attachement, des expériences de vie.

Ils  peuvent provoquer des émotions très intenses car ils nous font interpréter la réalité sous un prisme déformant.

Par exemple, une personne apprend que sa meilleure amie va déménager loin.

Si elle a un schéma d’abandon par exemple, elle va certainement le vivre comme un véritable abandon, cela peut même la dévaster pendant de longs mois.

Elle va probablement ressentir de fortes  émotions comme une grande tristesse, du désespoir, de l’abattement qui peuvent se manifester sous forme de sensations dans son corps comme une boule dans la gorge, une envie de pleurer, l’estomac nouée, une oppression dans le thorax, des douleurs.

Alors qu’une autre personne face à une même situation va simplement ressentir de façon plus normale de la tristesse sans le désespoir de l’abandon.

Et c’est là que l’on voit comment les schémas peuvent dérégler les émotions.

Dans les troubles obsessionnelles avec compulsions mentales et plus largement dans les troubles anxieux, les patients ont tendance à prendre leurs pensées comme telles, vous parlez de « défusionner » de celles-ci, s’agit-il juste de ce que l’on appelle le lacher prise ?

DR CT : Oui on lâche prise sur les pensées, on les laisse passer sans s’y accrocher comme si c’était des bulles de savon.

Les pensées ne sont que des constructions mentales. Certaines reflètent la réalité alors que d’autres non.

Le problème que nous avons avec nos pensées c’est que nous leur accordions trop d’importance. Nous pensons qu’elles sont toutes vraies. Alors nous sommes incapables de  faire preuve de discernement et de clarté les concernant.

La méditation de pleine conscience nous apprend à les voir clairement pour ce qu’elles sont : des bulles de savons dans le champ de notre esprit.


L'oeuvre

Couverture de livre

UNE MÉTHODE SIMPLE À LA CROISÉE DE LA PSYCHOLOGIE, DE LA MÉDITATION ET DES PSYCHOTHÉRAPIES LES PLUS RÉCENTES POUR TROUVER L’APAISEMENT.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, il existe un grand nombre de gens qui ne s’aiment pas : par peur d’échouer, de décevoir leur entourage, de ne pas être aimés, ils se trouvent toujours « moins bien » que les autres et pensent qu’ils ne sont pas à la hauteur…

Ce livre a pour but d’accompagner concrètement les lecteurs dans ce processus d’apaisement, en proposant trois clés pour se transformer intérieurement :

· La bienveillance envers soi-même : comment poser un regard doux sur soi-même comme on le ferait avec son meilleur ami , comment faire taire ces voix intérieures critiques et accusatrices ?

· Le recul : comment « défusionner », grâce à la méditation, et sortir des schémas mentaux, qui « bouchent la vue » et empêchent d’atteindre la paix intérieure et le bonheur.

· Les ressources intérieures : comment développer nos points forts et nos valeurs.

150 pages
21,90 eur

Editions Iconoclaste

Les auteurs

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LES AUTEURS

Claire Mizzi est psychologue et
psychothérapeute, formée en thérapie cognitive et
comportementale, à l’EMDR, à la thérapie ACT, à la
thérapie des schémas.


Céline Tran est médecin psychiatre et
psychothérapeute, formée en thérapie cognitive et
comportementale, ACT et thérapie des schémas.

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